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L'ETHOLOGIE DU CAVIA PORCELLUS

OU LES FAITS ET GESTES DU SIEUR COBAYE

Par Samuel BOUCHER

Les personnes qui s'intéressent au Cochon d'Inde en France sont de plus en plus nombreuses à l'heure actuelle et nous ne pouvons que nous en réjouir. Toutefois, comme je le constate souvent au sujet des lapins (mais aussi pour de nombreuses espèces domestiques), les éleveurs sont peu informés sur le comportement de leurs animaux et, de ce fait, ont parfois des difficultés à interpréter les " faits et gestes " de leurs protégés. Or. des scientifiques - les éthologistes - étudient le comportement des animaux afin de comprendre le message qu'il révéle et peuvent nous aider à combler nos lacunes en ce domaine. Aussi, allons-nous, au cours d'une série d'articles, nous attacher à comprendre, ensemble, le comportement du Cobaye domestique (Cavia porcellus) afin de mieux l'élever. Toutefois, il faut rendre à César ce qui appartient à César, aussi, si une grande partie de mes écrits portent sur des observations personnelles, je dois préciser que certaines données ont, entre autres, été empruntées à trois chercheurs français nommés Allarousse. Coulon et Gouat dont les études comportementales sur le Cobaye sont remarquables.

La première partie de ces articles portera sur le comportement reproducteur de Cavia porcellus. comportement que tout éleveur sélectionneur doit connaître. Par la suite, la Revue avicole vous proposera de comprendre le répertoire sonore (le langage en quelque sorte) de notre rongeur avant d'aborder le comportement du Cobaye solitaire puis d'appréhender la structure du groupe social. Ce découpage. très arbitraire. devrait permettre aux éleveurs de puiser quelques éléments dans le texte afin de revoir et d'améliorer les structures de leurs élevages si besoin est.

Le comportement reproducteur de Cavia Porcellus

Avant propos :

Tous les lecteurs ne sont pas " caviculteurs " et il est sans doute nécessaire, avant d'aborder vraiment le comportement reproducteur du Cobaye, de rappeler quelques notions concernant la physiologie de la reproduction de ce rongeur.

Physiologie de la reproduction :

Avant toute chose, il convient de savoir reconnaître un Cobaye mâle d'un Cobaye femelle. Il n'y a rien de plus facile puisque la seule observation visuelle du bas-ventre nous renseigne à ce sujet. Ainsi, la zone anogénitale du mâle a la forme d'un 0. celle de la femelle ressemble à un Y. En outre, les tétines sont petites chez le mâle et plus allongées ( l cm) chez la femelle adulte. Par ailleurs, le mâle. même en l'absence de femelle, présente parfois un comportement de parade sexuelle très caractéristique en adoptant une démarche lente tout en se dandinant sur les pattes arrières et en émettant une sorte de ronronnement rauque et rythmé dont nous reparlerons plus loin.

D'autre part. on considère qu'une femelle peut être pubère au plus tôt à l'âge de trente jours et en moyenne vers soixante-sept jours. En revanche, les mâles ne seront pas aptes à reproduire avant l'âge de soixante-dix jours environ. Bien entendu, comme pour tous les autres animaux, et même si des exceptions existent, il serait ridicule, voire dangereux de faire commencer la carrière reproductrice de nos animaux à ces âges puisque leur croissance est loin d'être terminée.

Enfin, il faut signaler que la fréquence de l'œstrus (ou la fréquence de réapparition des chaleurs) est de quinze à dix-sept jours. Par ailleurs, la durée' de la période où la femelle est fécondable n'est que de vingt heures. L'œstrus reprend, après une gestation, dés que les placentas ont été expulsés à peu près quinze heures après la mise bas. Entre chaque période où la fécondation est possible, une membrane épithéliale obstrue le vagin. Elle disparaît puis se reforme en quelques jours lors des périodes de réceptivité ou de mise bas. Il est à noter que l'ovulation est spontanée et non provoquée (par l'accouplement) comme chez le lapin. En outre, on a remarqué que certaines femelles élevées ensemble avaient tendance à synchroniser leurs cycles ovariens. Ceci est dû à la présence de substances contenues dans les urines de femelles " en chaleur " qui permettent aux autres de réduire l'intervalle entre deux œstrus en provoquant chez elles les chaleurs un peu plus tôt que prévu.

Lorsqu'il y a eu fécondation, un " bouchon de copulation " se forme, comme pour de nombreux rongeurs. Chez le Cobaye, il résulte de la coagulation du liquide séminal et empêche d'éventuelles pertes de semence ce qui optimise le taux de fécondation après accouplement. Il est expulsé peu après.

Quant à la gestation, elle dure de cinquante-neuf à soixante-douze jours, en moyenne, soixante-huit jours. Si la parturition n'a pas lieu dans cet intervalle, il faut intervenir en faisant une injection qui provoque la mise bas et le risque d'obtenir des mort-nés est grand.

La femelle donne en moyenne trois petits (les extrêmes étant de un à neuf). Ils naissent déjà bien formés au point que quelques heures après leur naissance, ils peuvent déjà grignoter quelques brins d'herbe. Leurs mouvements sont assez bien coordonnés. Toutefois, ils ont besoin du lait de leur mère pour se développer correctement et si un accident survenait, il faudrait faire adopter le jeune à une autre mère (ce qui est extrêmement facile) ou le nourrir au biberon encore quelques temps.

Ces quelques rappels sur la physiologie du Cochon d'Inde étant faits, nous allons aborder le comportement reproducteur de notre animal.

Le comportement reproducteur proprement dit

Avant toute chose, le mâle fait sa cour à la femelle. Il est à noter que les jeunes mâles peuvent adopter ce comportement dés l'âge de cinq jours. En effet, on pense que ces gestes ont un rôle éducatif. Ainsi, les jeunes ayant appris à se comporter de bonne heure comme leurs aines sauront reproduire, une fois adultes, des comportements sociaux à la signification bien précise au sein même de l'espèce. Ils sont indispensables à sa survie puisqu'ils permettent la reproduction des individus à l'intérieur de la population.

Donc. lorsqu'il fait sa cour. le mâle adopte une démarche raide caractéristique : tout en tendant la tête vers l'avant, il marche à petits pas. très lentement, et dandine de l'arrière train, reposant lentement une de ses pattes postérieures pendant que l'autre reste en l'air et réciproquement. Il faut noter que notre rongeur prend un air grave dans ces moments et semble très concentré au point que, s'il est dérangé, il réagira avec quelques secondes de retard. Dans le même temps, il émet un cri dit " sexuel " rythmiquement dont nous reparlerons plus loin. Bien entendu, comme chez la plupart des mammifères. des odeurs sont émises. Elles sont pour nos narines relativement discrètes mais ne laissent pas la femelle insensible. A cette fin, le mâle voit son arrière train se transformer, le scrotum (ou bourse) se fait plus lâche et descend ce qui entraîne le démasquage des glandes péri anales qui apparaissent nettement. Elles sont de couleur rosée. Le mâle peut alors frotter son arrière-train sur le sol et laisser ainsi une trace odorante.

Si, dans le cas le plus courant, ce sont les mâles dominants qui adoptent ce comportement en présence d'une femelle en œstrus. il n'est pas rare de voir une femelle agir dans la même façon si elle est en chaleur, en présence d'autres femelles, et notamment si aucun mâle ne la côtoie.

Par ailleurs, ce comportement est adopté par tous les mâles, de façon plus ou moins prononcée, en présence de nouveaux congénères, quels qu'ils soient. Nous en reparlerons dans le dernier article de cette série consacrée au Cobaye.

Par la suite, tout comme le fait la femelle avec ses petits, le mâle va sentir la zone ano-génitale de sa compagne à l'aide de ses lèvres. La femelle se prête à ce comportement de reconnaissance quelques instants puis s'enfuit. Le mâle la poursuit puis recommence son exploration. Parfois, il continue sa course en gardant le menton posé sur le croupe de la femelle et pousse des cris sexuels. Ce comportement à l'égard d'un autre mâle souligne la dominance du poursuivant face au poursuivi.

Si la femelle s'approche en abordant le mâle par le côté, ce dernier peut projeter latéralement sa croupe en démasquant ses glandes péri anales. ce comportement, qui est souvent accompagné de l'émission de quelques gouttes d'urine, peut apparaître lors de contacts non sexuels au sein du groupe.

Mais. dans le cas où la femelle est prête à être saillie, elle adopte une position dite en lordose en raidissant les membres postérieurs et en relevant le croupe. La vulve est alors dilatée et ouverte (la membrane épithéliale a disparu). On notera que les jeunes peuvent adopter cette position lors du léchage par la mère qui semble là aussi avoir un rôle éducatif encore mal décrit.

Puis aura lieu la monte proprement dite. Chez de jeunes sujets, elle peut - tout comme pour le lapin - être mal orientée (latéralement ou à l'avant). La monte normale, en posture postérieure, s'accompagne de poussées pelviennes rapides (cinq à six secondes) et précède l'intromission qui est accompagnées de poussées profondes et lentes (une à deux secondes). Une poussée pelvienne profonde et marquée accompagnée d'un creusement des flancs du mâle caractérise l'éjaculation.

Si la Femelle n'est pas réceptive, elle peut effectuer des ruades destinées à repousser le mâle trop entreprenant. Elle peut, en outre, élever sa région périnéale et projeter, en position de lordose, un jet d'urine en direction du prétendant. Ce geste le trouble. Il s'arrête alors pour se nettoyer et flairer les traces sur le sol avant de reprendre sa cour. La femelle a alors eu le temps de " reprendre ses esprits " et souvent de s'éloigner.

Cette séquence relativement longue du comportement du Cobaye est réalisée complètement six fois en moyenne lors d'une période d'accouplement, depuis le flairage jusqu'à la monte.

Le comportement de la femelle après saillie

La femelle gestante n'adopte pas de comportement très particulier dû à son état. Elle tolère la présence du mâle à ses côtés, celui-ci ne cherchant que rarement à parader. Elle sait en outre, comme nous le verrons plus loin. fort bien le repousser.

La seule différence notable - et qui se comprend aisément- est sa capacité à dormir d'un sommeil profond durant la journée et ce de plus en plus au fur et à mesure que la parturition approche. Certaines femelles qui portent de nombreux jeunes ne se déplacent plus. les derniers jours de la gestation, que pour aller boire et manger. Leur ventre traîne par terre. Il a souvent doublé de volume (chaque jeune pèse environ cent grammes et a. à la naissance, la taille d'un beau hamster doré adulte). Parfois, on peut voir les petits s'agiter au travers des mouvements de la peau des flancs de leur mère. Un œil exercé peut même distinguer la tête des membres et observer les mouvements des petites mâchoires qui. rappelons-le. sont déjà pourvues de dents avant la naissance.

Lorsque la femelle veut mettre bas. elle s'isole et s'installe dans un coin de la cage. On aura auparavant remarqué des contractions. Puis la parturition ne va pas tarder à arriver. Certains éleveurs affirment que les primipares mettent bas le jour et les multipares la nuit. Si, du point de vue de la statistique, cela demeure tout à fait vrai. je ne l'ai jamais, quant à moi. vérifié de manière aussi stricte et un manquement à cette " règle " ne doit pas affoler les éleveurs. En revanche, il est vrai que la parturition est très rapide puisqu'elle dure de dix à trente minutes et jamais plus d'une heure. L'intervalle moyen entre deux délivrances étant de sept minutes. Les petits naissent bien formés, poilus, les yeux ouverts, et capables de gambader dés leur première heure, même s'ils sont encore un peu maladroits au début. En outre, la mère lèche ses petits à la naissance et mange le placenta. Si la portée est nombreuse, il arrive que la mère n'ingère pas toutes les enveloppes. Dans la nature, ce comportement a pour but de ne pas laisser de trace qui pourrait attirer un prédateur après la mise bas. Il permet également à la mère de récupérer certaines substances qui lui sont nécessaires.

Ensuite, la femelle va allaiter ses jeunes et ce pendant au minimum quinze jours. Pour cela, elle tend ses membres antérieurs et incurve son abdomen de façon à ce que les mamelles touchent le sol. Les jeunes vont spontanément se diriger sous son ventre.

C'est en général à ce moment privilégié que la mère léche ses petits. En effet le léchage de la zone génitale est très important car, grâce à ce comportement, la femelle provoque la miction et la défécation de ses jeunes. L'élimination spontanée ne semble, en effet. apparaître qu'a partir de la quarante huitième heure après la naissance. Dans ces moments, le petit émet un cri caractéristique dont nous reparlerons et adopte une position de lordose qu'il abandonnera à l'âge de deux semaines.

Le sevrage peut s'effectuer dés le dix-huitième jour (ou un peu avant en cas de nécessité) mais. spontanément, la femelle éloigne ses petits lorsqu'ils ont de vingt-cinq à trente jours. C'est à cette époque qu'il convient de faire très attention car les jeunes a qui on refuse la tétée peuvent combler ce manque comportemental en mordillant les poils de la croupe de leur mère ou d autres congénères ce qui peut avoir de fâcheuses conséquences et tendre vers le cannibalisme si l'on n'y prend pas garde. Cette déviation du comportement peut persister au delà du sevrage si l'animal n'est pas éloigné rapidement de sa " proie ".

La reproduction du Cobaye domestique n'a désormais presque plus de secret pour vous. Mais les petits que vous venez de voir naître dans cet article vont grandir et leur comportement vu peu à peu se modifier pour tendre vers celui de l'adulte. Or. il n'en est pas moins passionnant à étudier et peut devenir la source de mille et une surprises pour qui sait observer patiemment. C'est pourquoi, dans les prochains mois, vous pourrez vous familiariser avec le répertoire sonore. le comportement solitaire et le comportement social de Cavia porcellus qui vous aideront à l'observer.

RECONNAISSANCE DES SEXES

LE MALE
La vue externe de l'appareil génital a la forme d'un " 0 " Les bourses sont visibles chez les sujets adultes, les tétines sont très petites.

LA FEMELLE
La vue externe de l'appareil génital a la forme d'un " Y ". Les tétines mesurent presque un centimètre chez les sujets adultes.

Le répertoire sonore de Cavia porcellus

Au cours de la première partie de cette série d'articles, nous nous sommes intéressés au comportement reproducteur de notre animal. Ainsi, nous avons déjà pu remarquer que le cobaye émet des sons qui semblent avoir une signification particulière. Chaque éleveur sait. en effet, que le Cavia porcellus a un répertoire sonore extrêmement riche. Trois types de sons peuvent être très facilement identifiés : un son rauque et lent lors de la parade sexuelle, nous l'avons déjà signalé, un cri plus strident et répété, c'est celui que le cobaye émet quand vous arrivez prés des cages avec de la nourriture ou quand vous ouvrez le réfrigérateur si ses aliments s'y trouvent (ce qui est à déconseiller), et enfin une sorte de claquement des dents qui peut être entendu lorsque le cobaye a peur et menace.

Mais, réduire le répertoire sonore de ce rongeur à ces trois sons serait la preuve d'une observation fort peu attentive.

Le cobaye possède, en effet, une grande panoplie de sons qui semblent tous avoir une signification précise au point qu'il n'est pas ridicule de parler à son sujet d'une amorce de langage. C'est ce qu'une étude attentive prouve actuellement, rejetant les théories un peu simplistes que notre histoire, parfois regrettable, nous a léguées et qui prônaient la seule suprématie de l'Homme en ce domaine.

Afin de mieux le comprendre, nous parlerons donc des différents cris que le cobaye peut émettre et de leur signification.

Un son qui n'est pas un cri : le signal de menace

Le cobaye ne se sert pas uniquement de sa " voix " pour se Faire comprendre. Il peut en effet émettre une série de claquements de dents en entrechoquant ses incisives et. à un moindre degré, ses molaires. Pour cela, il effectue de petits mouvements rapides de la mandibule au rythme surprenant de quatorze mouvements par seconde et peut atteindre des pointes, notamment au début du mouvement, de vingt mouvements par seconde. A la Fin du signal, le rythme baisse à huit mouvements. Lors de ces émissions, le cobaye adopte une posture offensive que nous développerons plus loin. Car. en effet, le signal donné par ce claquement des dents est là pour prévenir un intrus (autre congénère, lapin, homme) des intentions de notre rongeur. Ce comportement a lieu dès le quatorzième jour à condition que le jeune ait pu l'observer chez les adultes. Il se manifeste donc dès que le jeune comprend qu'il devra subvenir seul à sa défense, sa mère commençant à lui donner de l'indépendance, et tous les juges devraient le savoir : ce signal est menaçant. Deux cas sont à considérer. Soit le cochon d'Inde émet ce son pour prévenir un congénère et ce signal est alors à la fois préventif et offensif: l'animal prévient qu'il est dérangé et qu'il n'a pas l'intention de se laisser faire. au besoin il va se battre. Soit ce signal s'adresse à un autre animal, homme compris, et reflète le courage dont fait preuve

l'animal pour surmonter sa peur devant l'intrus afin de se montrer le plus menaçant possible dans l'espoir de décourager son " adversaire " et de le voir partir. Ce claquement de dents s'observe en effet si l'animal se sent piègé et ne peut adopter un comportement de fuite naturelle devant un adversaire trop puissant pour lui.

C'est le cas pour les animaux que l'on expose et qui sont donc dérangés dans leurs habitudes. Mais, il ne faudrait pas que les lecteurs croient que le cobaye est un animal bagarreur. C'est au contraire un petit animal calme et placide - notamment les souches sélectionnées pour leur beauté. Elles sont, je l'ai maintes fois remarqué, plus calmes que les petits animaux longilignes que nous rencontrons chez les animaliers, dans les cabinets de vétérinaires, et qui se retrouvent dans un appartement ou dans un laboratoire. Les traitements qu'ils y subissent n'y sont sans doute pas étrangers. Pour ma part, j'ai rarement pu observer ce comportement de menace. Il est vrai que je ne cherche pas à le provoquer car il suffirait pour cela de regrouper quelques mâles. A côté de ce signal, existent de nombreux cris parfois surprenants par leur intensité.

Les véritables cris et leurs diverses significations :

De sérieuses études ont calculé la fréquence, la durée, les époques d'émission des différents sons émis par le cobaye. Je pense que ces données auraient peu d'intérêt dans un article de vulgarisation comme celui-ci et je vais donc simplifier - au risque de ne pas être toujours très scientifiquement rigoureux- et ne vous parler que de ce qui intéresse l'éleveur. comme le propriétaire d'animal familier, c'est-à-dire de la découverte et de l'interprétation des cris de vos animaux.

Tout d'abord, vous l'avez sûrement remarqué si vous avez détenu plusieurs cobayes ensemble, ces petites bêtes se rassurent et se préviennent mutuellement. Pour cela, on observe des séries de sons très brefs groupés par deux ou trois émis au rythme de cinq à huit secondes. C'est ce que les scientifiques nomment le " cri de cohésion ". On entend, en effet, ces sons lorsque l'animal s'éloigne du groupe pour explorer les alentours. Le jeune pousse très fréquemment ce cri durant sa période dite " infantile " dont nous reparlerons plus loin. On pense que le cobaye l'émet pour prévenir ses congénères, les renseigner sur sa position afin qu'en cas de besoin ils se retrouvent. Cela permet par exemple à la mère de rester en contact avec ses jeunes et je crois que les aviculteurs qui ont pu observer maintes fois ce comportement chez la poule suivie de poussins comprendront fort bien de quoi il s'agit. Le faible nombre de sons émis dans ces moments vise à ne pas " ameuter " les prédateurs tout en prévenant efficacement les congénères.

A côté du cri de cohésion, existe le cri de contact social qui apparaît dès le cinquième jour de vie. Ce cri ne peut être observé que si l'animal se sent en sécurité en présence d'autres congénères. On l'entend notamment avant une période de repos. Il peut d'ailleurs être modifié si l'animal est légèrement perturbé. Ce sera le cas dans les groupes de repos dérangés. Quoi qu'il advienne, ce cri est toujours dépourvu d'agressivité.

En revanche, s'il est fortement dérangé, le cobaye émet un cri dit de " dérangement ". Ce cri commence par une émission grave dont la fréquence augmente rapidement vers l'aigu avant de redescendre à sa valeur initiale. On entend alors de véritables trilles. Ces émissions vocales ont lieu lorsque le cobaye se sent véritablement perturbé et cela peut donc varier avec le caractère de chaque animal. En effet, pour une même situation, un cochon d'Inde émettra ce cri alors qu'un autre restera silencieux. Ainsi, un cochon d'Inde qui vient d'être dérangé et que l'on perturbe à nouveau peut se montrer plus ou moins tolérant vis-à-vis d'autrui et produire un cri qui normalement n'aurait pas lieu d'être. Là encore, les organisateurs d'exposition et les juges devraient apprendre à le reconnaître.

Par ailleurs, notre rongeur peut se sentir agressé et émettre un cri dit " de détresse ". Ce cri. long et désagréable, prend l'apparence d'un sifflement nasillard qui augmente vers les .aigus de manière inhabituelle. Il est exceptionnel de pouvoir l'entendre car l'animal ne l'émet que lorsqu'il est brutalement attaqué ou fortement mordu. En outre, pendant l'émission, on observe un comportement révélateur : l'animal trépigne sur place et contorsionne la tête avec une raideur et une lenteur caractéristiques. On peut aussi noter l'émission de trilles très pures et aiguës chez l'animal qui souffre à la suite d'une blessure mais il convient de bien le différencier des râles de l'animal agonisant.

A côté de ces cris, le cobaye peut faire entendre un son nasillard qui a un rythme plus court que le cri de contact social. C'est le cri de quête ou sifflement d'appel que tout éleveur connaît bien. Ce cri, extrêmement aigu, peut être déclenché chez l'adulte par un bruit familier tel le froissement d'un sac qui contient habituellement la nourriture, l'ouverture d'une porte, l'arrivée de l'éleveur dans l'élevage... Chez le jeune, ce cri exprime la perte de contact social lorsque l'animal s'éloigne de son groupe.

Aussi, pour émettre de tels sons, le cobaye adopte-t-il immanquablement une position bien particulière, tendant ses membres antérieurs et relevant légèrement la tête pour pointer son museau vers le haut. Il semble chercher à se repérer en captant le maximum d'informations sensorielles. La bouche (on ne parle de gueule pour des animaux comme le cochon d'Inde qui n'ont pas les lèvres très fendues) reste ouverte et on observe les côtes se soulever à chaque émission de son ce qui traduit un effort respiratoire conséquent. En général, l'animal se tourne vers l'être auquel ses cris s'adressent que ce soit un congénère ou le soigneur. Il avance même parfois dans leur direction.

Chez les très jeunes animaux encore avec leur mère. on observe deux cris particuliers, assez maladroits. Le premier est émis lorsque la femelle lèche son jeune. On entend d'abord une émission de basse fréquence (grave) qui est rapidement suivie par un son plus aigu ayant des pointes très hautes. Ce cri à une importance physiologique puisqu'on peut observer que le petit animal l'émet uniquement lorsque sa mère effectue un léchage de la région périnéale de son jeune et on admet qu'il favorise la miction et la défécation du petit qui reste en outre immobile et relaxé durant toute la durée du nettoyage. Par ailleurs, on peut entendre lors de la tétée une sorte de bourdonnement saccadé que le jeune cobaye émet lorsqu'il s'enfouit sous sa mère pour attraper une tétine. Ce cri peut " dégénérer " en cri sexuel dès la première semaine. Il semblerait donc qu'il faille voir dans ces cris l'émission de sons traduisant une certaine impatience face à un bien-être potentiel et immédiat comme on peut le rencontrer dans de nombreuses autres espèces de mammifères.

Enfin, il nous faut expliciter le cri sexuel dont j'ai déjà parlé dans ces articles. C'est en fait un bourdonnement saccadé de sonorité grave et, lorsqu'il est émis, on peut voir apparaître une vibration des flancs de l'animal. En général, c'est le mâle adulte qui l'émet lorsqu'il fait sa cour à une femelle. Mais il peut aussi le produire en présence d'un autre mâle qu'il juge comme un intrus. Ce cri est donc une façon d'affirmer sa supériorité et déclenche parfois un comportement agonistique avec d'éventuelles batailles. Pourtant, on remarque, et les éleveurs le savent bien. que lors de la distribution de friandises, le cobaye peut émettre ce cri. De là à admettre qu'il soit également un cri de satisfaction, il n'y a qu'un pas.

Pour terminer, je citerai le cri d'alerte au son qui a également une faible sonorité et que l'on peut déclencher en froissant un papier ou en entrechoquant des clefs, des pièces monnaies. Le cri est toujours déclenché par un bruit peu intense et plus ou moins aigu. Le cobaye serait-il mélomane ? le véritable scientifique se garderait bien de l'affirmer en ces termes et dirait plutôt qu'il est possible que l'oreille de Cavia porcellus soit sensible à une série de sons aux composantes physiques bien définies - tout comme la nôtre, d'ailleurs. ainsi, on peut observer le même type de réaction devant un lien à qui on fait écouter un genre musical précis et qui se et aussitôt à hurler à la mort alors qu'un type de musique diffèrent le laissera totalement insensible. Tomber dans le piège de l'anthropomorphisme est alors bien tentant. Voici donc décrypté le langage du cobaye domestique. Pourtant, les quelques lignes que vous venez de lire sont très incomplètes. En effet, nous nous sommes aperçus que le Cavia porcellus émettait bien les cris dont je viens de parler, et ce dans un but précis que j'ai essayé d'expliciter au vu de nos .connaissances actuelles, mais il est également capable de moduler de façon non négligeable tous les cris précités. Or. Les chercheurs n'ont pas encore trouvé de véritable explication scientifiquement prouvée pour expliquer ce phénomène. On pense, mais ce ne sont encore que des hypothèses, qu'ils reflètent l'état émotionnel de l'émetteur ou, et c'est la voie des recherches actuelles, qu'ils véhiculent une information plus fine et plus précise que celle que nous avons pu appréhender au cours des recherches passées. Le langage du cobaye serait-il complexe ? Les chercheurs du siècle dernier n'auraient même pas osé émettre une telle hypothèse et c'est peut-être la raison pour laquelle nos connaissances sur le comportement animal ne sont pas aussi étendues qu'on le voudrait aujourd'hui.

Pour être relativement complète, cette série doit encore évoquer le comportement du Cavia porcellus lorsqu'il est seul ou en groupe. C'est ce que se propose de faire la Revue Avicole dans les prochains mois.

Le comportement du Cobaye solitaire

J'ai choisi de faire un chapitre spécial sur le comportement du Cavia Porcellus solitaire car il me semble important que chaque éleveur connaisse bien son ou ses animaux isolément avant d'aborder le problème du groupe. Or, le cobaye est amené à être seul au moins une fois au cours de sa vie. Les raisons en sont variées et tiennent au mode d'élevage de ces rongeurs. Ce peut être parce que le propriétaire n'a qu'un animal - dit de compagnie - ce qui est fréquent, et tout à fait recommandable pour diverses raisons dont nous reparlerons peut-être un jour. C'est également parce que l'animal est volontairement isolé (mâle adulte, couple momentanément séparé, animal en infirmerie, dernier jeune d'une portée sevrée et en partie vendue), ou encore parce qu'un accident rompt l'union qui s'était formée au sein d'un couple ou d'un groupe.

Ainsi, nous avons déjà évoqué dans les articles précédents une partie du comportement du cobaye solitaire en rappelant le déroulement d'une mise bas ou en citant les cris que pouvait émettre notre rongeur. Bien entendu, nous ne recommencerons pas et nous nous bornerons à expliciter les autres comportements qui ne nécessitent pas la présence d'un second animal pour apparaître. Il s'agira donc, vous l'aviez deviné, de tout ce qui est lié à la physiologie non reproductive, aux soins corporels, et à l'appréhension du milieu extérieur.

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